L’Académie écorchée

Cette semaine, Dany Laferrière fera son entrée officielle à l’Académie française, vêtu de l’habit vert de rigueur. «Supercherie», «incompétence singulière», «nonchalance originelle» et «amateurisme» ne sont que quelques uns des termes utilisés par Jean-Benoît Nadeau, du Devoir, pour décrire l’illustre cénacle. Pour lire l’article.

La féminisation des termes et l’Académie

L’Académie française est une institution prestigieuse que d’aucuns considèrent légèrement… hum… encroûtée. La preuve en est cette difficulté à accepter la féminisation de certains termes. Pour manifester son désaccord, Sur le bout de la langue citera les Immortels pas tout à fait à tort et absolument de travers! Messieurs, sachez que, selon l’Académie française, le masculin a valeur générique ou non marquée. Vôtre masculinité peut en prendre de la graine! Mesdames, si vous voulez respecter la belle langue française, préférez les métiers de chirurgienne ou de mécanicienne aux beaucoup plus étymologiquement dérangeantes professions d’auteure ou de professeure.

Pour les citations en contexte et sans mauvaise foi:

Un article de Radio-Canada

Le site de l’Académie française

Que diable ira-t-il faire dans cette galère?

Simone Veil, ici avec ses nombreux parrains, dont Valéry Giscard d'Estaing, Alain Decaux, Max Gallo, Florence Delay, a eu les honneurs de l'académie à plus de 80 ans.

Quelques membres de l’Académie française, en 2010.

La semaine dernière, Dany Laferrière a été élu à l’Académie française et nous pouvons nous en réjouir! Mais, une fois les célébrations au Québec, en France et à Haïti terminées, à quoi Laferrière sera-t-il confronté? Devra-t-il s’installer à demeure sous la coupole de l’Académie française? Porter à temps complet l’habit vert des académiciens? Se figer, comme certains de ses nouveaux collègues, à l’époque de Louis XIII?

D’abord, il faut savoir que Dany Laferrière n’est pas encore tout à fait académicien. En effet, malgré l’élection remportée et les confettis déjà retombés, le loquace auteur devra attendre encore plusieurs mois avant de pouvoir se prononcer lors des séances de l’Académie.

Digne d’un conclave, la nomination d’un nouveau membre commence lors du décès – ils sont nommés à vie – d’un Immortel (c’est, paradoxalement, ainsi qu’on les appelle!) Depuis le décès d’Hector Bianciotti, en juin 2012, le fauteuil 2 était vacant et c’est celui qu’a brigué Laferrière. Après un deuil raisonnable, les candidatures sont appelées. Dans les trois mois qui suivent l’appel, les académiciens doivent procéder à l’élection d’un nouveau membre. Dany Laferrière a franchi cette étape la semaine dernière, récoltant 13 des 23 votes des académiciens présents, soit une majorité absolue qui lui a permis d’accéder au siège convoité dès le premier tour.

Mais rien n’est encore totalement joué pour Laferrière. À preuve, le fauteuil 32, qui semble soumis à une malédiction, est resté vide plusieurs années, faute de candidats qui réussissaient à contourner tous les écueils de l’intronisation!

En premier lieu, il faudra que sa nomination soit approuvée par le Président de la République. Fondée en 1635 par le Cardinal de Richelieu, l’Académie française relevait à l’origine de la monarchie La monarchie française est tombée, mais l’Académie a survécu et se contente désormais d’une approbation présidentielle.

Par la suite, une semaine avant son intronisation publique, Dany Laferrière participera à une réception à huis clos lors de laquelle seront échangés les discours : Laferrière devra prononcer le sien, dans lequel il rendra obligatoirement hommage à son prédécesseur, et entendre celui qui lui est destiné. Les premiers académiciens n’avaient pas eu à se soumettre à cette exigence discursive, mais, en 1640, Olivier Patru « prononça un fort beau remerciement dont on demeura si satisfait qu’on a obligé tous ceux qui ont été reçus depuis d’en faire autant. »[1] Ce n’est toutefois que depuis La Bruyère, reçu en 1693, que la précaution du huis clos, forme de première censure, existe. Fâché d’avoir dû soumettre sa candidature à plusieurs reprises, La Bruyère avait en effet prononcé un discours dans lequel il ne faisait l’éloge que de ceux qui l’avaient appuyé, créant ainsi une controverse qui a valu une règle de plus au protocole académicien.

C’est au moment de la réception privée que Dany Laferrière recevra une médaille gravée de son nom et de la mention « immortel » et qu’il se verra attribuer un mot du dictionnaire. Après la réception publique, il sera officiellement membre de l’Académie, mais devra se taire lors des séances pendant quelques mois, le temps de se faire aux us et coutumes. Dans les semaines qui suivront son entrée, il recevra l’habit vert traditionnel – celui-là même qu’Alain Robbe-Grillet a refusé de porter, compromettant ainsi son entrée à l’Académie! – , de même qu’une épée conçue exclusivement pour lui.

Si on ne sait ce que diable ira faire Dany Laferrière dans cette galère, on sait du moins que son embarcation est faite de multiples couches de protocole, accumulées depuis des siècles. Mais sa galère mènera aussi le brillant auteur pleinement dans la langue, puisqu’une des principales missions de l’Académie française est, encore aujourd’hui, de constituer un grand dictionnaire.

Pour en savoir plus sur le protocole d’entrée à l’Académie, on peut consulter le très très détaillé site de l’Académie française. Et Sur le bout de la langue poursuit ses recherches pour offrir à ses lecteurs, bientôt, un autre épisode des aventures de Dany Laferrière chez Louis XIII.