Envers et contre le ministère.

Depuis le 23 avril – alors que nous célébrions en grande pompe la journée mondiale du livre et du droit d’auteur, Philippe Couillard préférait présenter publiquement son nouveau cabinet! –, le monde de l’éducation est en émoi.  Études supérieures qui retournent sous la tutelle d’un seul ministre de l’Éducation, cours d’histoire au collégial mis sur la glace, promesses de coupures et vision utilitaire de l’éducation ne sont que quelques-unes des causes de ce désarroi. Résistant plutôt mal que bien à ce trouble, Sur le bout de la langue a choisi, encore une fois, de prendre la grammaire comme voie d’évitement.

Sur son blogue intitulé Au cœur du français, André Racicot souligne, avec lucidité grammaticale et une pointe d’irritation, que, sur les 26 ministères formés par Couillard, deux reposent sur des fautes syntaxiques. (Les récriminations de M. Racicot ont peut-être été entendues depuis: sur le site du Parti libéral du Québec, une seule faute subsiste). En effet, le premier ministre fraîchement élu a nommé David Heurtel ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques. Dans un même souffle, il a nommé Francine Charbonneau ministre de la Famille et ministre responsable des Aînés et de la Lutte contre l’intimidation. Pourquoi Couillard choisirait-il de faire la lutte aux changements climatiques mais contre l’intimidation?

En fait, seule la deuxième formule est correcte. Le verbe lutter peut être suivi des prépositions avec, contre et pour, selon sa signification, mais on doit éviter de le faire suivre de la préposition à pour introduire l’ennemi (qui serait ici un complément indirect). Pour, suivant lutte ou lutter, sert à introduire une cause pour laquelle on fait des efforts ou un verbe à l’infinitif (lutter pour sa survie, lutter pour garder ses acquis). Lorsqu’il est suivi de contre, lutter prend des allures de combat (il lutte contre les injustices). Suivi d’avec, le combat suggéré par lutter devient alors physique (François a lutté avec ses jeunes amis) ou suggère au moins une idée de domination (François a lutté avec ses parents pour faire valoir son point de vue).

Pour être syntaxiquement correct, David Heurtel devrait donc lutter contre les changements climatiques avec intelligence et pour les générations futures. Une lutte à finir – la préposition à introduisant dans ce cas un complément du nom et non un complément indirect – bien entendu.

Pour en savoir plus: l’article de la Banque de dépannage linguistique sur Lutter

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