Définitions troublantes

Définition "pédophile", Le Petit Robert 1993

Définition du Petit Robert 1993.

Expérience fortuite et troublante : la lecture de la définition du terme « pédophile » dans l’édition 1993 du Petit Robert. « Qui ressent une attirance sexuelle pour les enfants. Une lesbienne pédophile. », y lit-on. L’exemple a de quoi surprendre!  Les rédacteurs du dictionnaire manquaient-ils de mots pour décrire une réalité abjecte? Auraient-ils voulu fourrer dans une seule définition tout ce qu’ils considéraient comme des déviances? Pourquoi avoir accolé l’adjectif à un nom féminin?

Les éditions plus récentes ont actualisé l’illustration (dans celle de 2004, on trouve « Réseau de pédophiles »), mais l’interrogation reste : quel rôle joue le dictionnaire dans la transmission des connotations d’un mot, des stéréotypes qui lui sont associés? Lorsqu’ils s’adressent aux enfants, les dictionnaires ont encore plus cette charge éducative. Pourtant, la neutralité dont ils devraient faire preuve ne semble pas toujours être au rendez-vous. L’an dernier, sur le blogue En traversant le St-Laurent, on faisait état d’une autre expérience bouleversante : le Robert Junior semblait stigmatiser les filles, donnant à Sarah le rôle d’illustrer les mots à connotation négative (capricieuse, peste, vilaine, peureuse…), alors que les garçons se réservaient les adjectifs virils (courageux, habiles). Bien sûr, cette recherche n’a rien d’exhaustif, mais un certain malaise surgit.

Portrait d’une langue, de la société qui la parle, le dictionnaire ne peut être taxé d’imposer un mode de pensée. Pourtant, il représente la norme, et c’est parfois ce qui inquiète.

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