La source du lac-à-l’épaule

Les 6, 7 et 8 mai 2013, les directeurs du Cégep Marie-Victorin tenaient leur lac-à-l’épaule annuel au cours duquel ils ont dû discuter les grands enjeux touchant l’institution. Y ont-ils mis l’épaule à la roue (nous reviendrons plus tard sur cette expression fautive) ou ont-ils haussé les épaules dans un geste de dépit? Si les deux dernières expressions sont suffisamment imagées pour qu’on en déduise le sens, il n’en va pas de même pour ce fameux lac-à-l’épaule qui semble un lieu de réunion très prisé des dirigeants québécois.

L’expression lac-à-l’épaule vient effectivement du nom d’un lac de la région de Québec, passé à l’histoire pour avoir été le lieu de rencontres politiques importantes. En 1962, le gouvernement Lesage tenait dans le paysage montagneux de Lac à l’Épaule, situé à l’orée du parc de la Jacques-Cartier (entre Québec et le SaguenayLac-St-Jean), une rencontre secrète avec son cabinet. Le but de la rencontre était de décider s’il allait déclencher ou non des élections sur le thème de la nationalisation de l’électricité. Inspirante – à cause du lieu? –, la rencontre a donné naissance au célèbre Maîtres chez nous qui a illustré la campagne de Lesage.

Utilisé comme nom désignant une rencontre importante tenue à l’écart, souvent dans un cadre naturel, le toponyme perd ses majuscules et adopte les traits d’union. On tient un lac-à-l’épaule pour définir de grandes orientations ou pour s’entendre sur des actions à entreprendre.

Quant à mettre l’épaule à la roue, si les dirigeants réunis en lac-à-l’épaule en ont eu envie, ils devront pour en parler, s’ils veulent respecter le bon usage, choisir une autre expression. En effet, elle est un calque de l’anglais (to put one’s shoulder to the wheel). On lui préférera la plus prosaïque venir en aide à quelqu’un ou l’imagée mettre la main à la pâte.

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