Le livre et vous

Pour souligner la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, le 23 avril, la Bibliothèque du cégep Marie-Victorin et Sur le bout de la langue organisent deux activités dont vous serez les héros.

Affichez-vous!

Lectures secrètes, lectures gênantes, lectures que vous aimeriez prouver avoir faites? C’est le moment de tout dévoiler! Prenez une photo de vous avec un livre et publiez-la sur la page Facebook de Sur le bout de la langue pour courir la chance de gagner un prix offert par la Bibliothèque. Vous n’avez pas de livre à portée de la main? Passez à la bibliothèque où un photomaton sera installé entre midi et 13 h 30. Il ne manque que votre plus beau sourire!

Extravagant cadavre exquis

Vous avez votre mot à dire dans la rédaction d’un immense cadavre exquis. Dans vos cours de français ou dans les couloirs, cherchez les bornes de rédaction. Ajoutez votre plus beau mot et surveillez le résultat final qui sera affiché à la bibliothèque très bientôt. Une œuvre collective qui ne manquera pas d’être originale!

Dictée Hélène-Richer – troisième séance d’entraînement : a trait et attrait

Malgré la campagne électorale qui bat son plein,  malgré la Dictée Hélène-Richer qui arrive rapidement (dès mercredi prochain, à 12 h 15, au H-107!), Sur le bout de la langue sent, en cette fin d’hiver qui s’éternise, l’envie de parler météo. Alors que le temps des sucres devrait atteindre son paroxysme, on aperçoit encore le pêcheur sur glace lancer sa ligne sans même craindre le dégel! Le printemps et ses attraits se laissent désirer.

Pour se désennuyer en attendant le chaud temps, quoi de mieux qu’un petit entraînement grammatical! Il y a tant de pièges dans cette belle langue française, le divertissement est assuré pour les décennies à venir! Le couple qui nous intéresse aujourd’hui est celui formé par a trait et attrait qui ne sont unis que par une ressemblance sonore. Tout le reste tend à séparer le nom attrait, « qualité qui attire ou qui séduit », de l’expression liant le verbe avoir au nom trait pour signifier « ce qui concerne ». Comment les distinguer? Si l’homophone est suivi de la préposition à (ou au, aux), il s’agit de l’expression a trait.

Les attraits du printemps sont nombreux.

La température clémente, les arbres bourgeonnants, les vêtements plus légers, tout ce qui a trait au printemps est représenté dans ce texte.

L’expression « en ce qui a trait à », souvent utilisée par les politiciens en campagne – puisqu’il faut y revenir ! – est rarement attestée par les dictionnaires, mais semble passée dans l’usage au Québec. Elle signifie « en ce qui concerne ».

Pour en savoir plus: l’article de la Banque de dépannage linguistique

Figures de style et de mauvais goût

La semaine dernière,  le bar La p’tite grenouille de Jonquière affichait sur sa page Facebook et sur ses murs d’épouvantables publicités à saveur électorale. Devant tant de mauvais goût, l’équipe de Sur le bout de la langue a frémi, puis s’est réfugiée dans ce lieu si paisible qu’est l’analyse stylistique. Nous partageons le fruit de notre étude dans l’espoir que le mauvais jeu de mots devienne au moins prétexte à l’acquisition de vocabulaire.

 

Fausse note

Un défi supplémentaire pour un participant au jeu-questionnaire On connaît la chanson diffusé à TVA?

Sur le bout de la langue, smatte* de service, se demande ce qu’il adviendrait d’un concurrent qui ne donne pas la bonne réponse à cause d’une faute d’orthographe. Le montage serait-il plus efficace pour camoufler le malaise qui serait ainsi engendré que pour corriger une grammaire déficiente?

* smatte, selon Antidote: Terme familier signifiant gentil, aimable, sympathique, ou encore intelligent, malin, rusé, habile.

* smatte, selon l’Oreille tendue

Mettre les « t » sur Sotchi!

Dans moins d’une vingtaine de jours s’ouvriront en Russie les 22e Jeux olympiques d’hiver. Les amateurs de sport s’en réjouissent… et les amoureux de la langue sont intrigués de voir cohabiter, parfois sur une même page officielle (par exemple, celle de Radio-Canada), les graphies Sochi 2014 et Sotchi 2014. De la même façon, le célèbre hockeyeur russe Ovechkin voit son nom orthographié Ovetchkine sur le site de la radio La voix de la Russie, radio francophone russophile qui ose écrire le nom du franc-tireur de la LNH autrement que sur son chandail. Qu’en est-il?

La transcription de noms russes en français pose plusieurs problèmes, le principal étant celui de l’alphabet cyrillique qu’il faut convertir en alphabet latin. Deux options s’offrent alors au traducteur: la translittération, qui consiste à faire correspondre chaque signe du premier alphabet à un signe du second, ou une transcription phonétique qui laisse espérer que le locuteur francophone prononcera un peu plus correctement le nom russe.

Сочи, si on opte pour la translittération, devient Sochi, mais sa prononciation ressemble plutôt à Sotchi. Les deux graphies seraient donc acceptables, mais on recommande en français – c’est d’ailleurs cette orthographe qui prévalait alors que Sotchi n’était encore qu’une station balnéaire – l’utilisation de la seconde, et c’est celle qu’adoptent les médias de langue française lorsqu’ils parlent des Jeux. La graphie privilégiée sur le logo officiel des Jeux olympiques omet le « t », c’est pourquoi les deux versions cohabitent.

Quant à Ovechkin / Ovetchkine, il s’agit bien du même homme. La LNH transigeant surtout en anglais, la translittération et la transcription phonétique correspondent, les anglophones prononçant le –ch comme un –tch francophone. Pour éviter ces confusions, la IIHF (International Ice Hockey Federation) propose depuis peu une charte de transcription des noms russes et ukrainiens. Gageons tout de même que le numéro 8 des Capitals de Washington et vedette de l’équipe de hockey masculine de la Russie reconnaîtrait difficilement la chaleur de l’accent maternel une fois son nom prononcé à la québécoise dans de véhéments encouragements.

Que diable ira-t-il faire dans cette galère? – Un dictionnaire

Il y a quelques semaines, Dany Laferrière a été admis à l’Académie française. Une fois enfilé l’habit vert des Immortels, l’épée aux flancs, l’auteur sera bien équipé pour défendre la langue française. Mais quelles seront ses fonctions? À quoi s’occupent les académiciens?

Du Moyen-Âge au 17e siècle, le français passe lentement du statut de langue vulgaire à celui de langue officielle. Mais cela ne peut se faire en dehors d’un certain chaos orthographique. Encore au début du 17e siècle, plusieurs graphies d’un même mot peuvent cohabiter. De cette façon, on pourra retrouver dans un même nid autant d’hirondelles que d’arondelles ou d’erondelles. Les linguistes ont espoir de normaliser la langue et, en 1635, Richelieu leur donne la possibilité de le faire officiellement en fondant l’Académie française : « La principale fonction de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. » (Article 24 des statuts) Pour atteindre ce but, les académiciens auront pour tâche de rédiger un dictionnaire qui fera autorité.

La tâche est lourde, très lourde, et il faudra 39 ans pour donner naissance à la première édition du Dictionnaire de l’Académie française. Depuis, le dictionnaire a connu 8 éditions – la dernière ayant été publiée de 1932 à 1935 – et on travaille aujourd’hui à la neuvième.

Contrairement aux Robert et Larousse qui tentent d’intégrer rapidement les changements dans la langue française, le dictionnaire de l’Académie reste normatif et les choses y bougent très lentement, la publication des éditions étant très peu fréquente. On y ajoute tout de même de nouveaux mots pour suivre la langue dans son évolution.

La Commission du Dictionnaire consacre au monumental ouvrage un avant-midi par semaine, le jeudi. Lorsque les discussions le permettent, l’ensemble des académiciens peut poursuivre l’observation du dictionnaire le jeudi après-midi. Malgré l’impression de vétusté qui se dégage de tous ces protocoles, l’Académie s’est mise au goût du jour – ou presque, comme en témoigne le graphisme du site! – et on peut consulter en ligne la partie révisée (de A à RECEZ) de la 9e édition du Dictionnaire.

À Paris, Dany Laferrière se joindra donc aux académiciens pour observer les « R » et contribuer au bon maintien de la langue française, du moins le jeudi!

Que diable ira-t-il faire dans cette galère?

Simone Veil, ici avec ses nombreux parrains, dont Valéry Giscard d'Estaing, Alain Decaux, Max Gallo, Florence Delay, a eu les honneurs de l'académie à plus de 80 ans.

Quelques membres de l’Académie française, en 2010.

La semaine dernière, Dany Laferrière a été élu à l’Académie française et nous pouvons nous en réjouir! Mais, une fois les célébrations au Québec, en France et à Haïti terminées, à quoi Laferrière sera-t-il confronté? Devra-t-il s’installer à demeure sous la coupole de l’Académie française? Porter à temps complet l’habit vert des académiciens? Se figer, comme certains de ses nouveaux collègues, à l’époque de Louis XIII?

D’abord, il faut savoir que Dany Laferrière n’est pas encore tout à fait académicien. En effet, malgré l’élection remportée et les confettis déjà retombés, le loquace auteur devra attendre encore plusieurs mois avant de pouvoir se prononcer lors des séances de l’Académie.

Digne d’un conclave, la nomination d’un nouveau membre commence lors du décès – ils sont nommés à vie – d’un Immortel (c’est, paradoxalement, ainsi qu’on les appelle!) Depuis le décès d’Hector Bianciotti, en juin 2012, le fauteuil 2 était vacant et c’est celui qu’a brigué Laferrière. Après un deuil raisonnable, les candidatures sont appelées. Dans les trois mois qui suivent l’appel, les académiciens doivent procéder à l’élection d’un nouveau membre. Dany Laferrière a franchi cette étape la semaine dernière, récoltant 13 des 23 votes des académiciens présents, soit une majorité absolue qui lui a permis d’accéder au siège convoité dès le premier tour.

Mais rien n’est encore totalement joué pour Laferrière. À preuve, le fauteuil 32, qui semble soumis à une malédiction, est resté vide plusieurs années, faute de candidats qui réussissaient à contourner tous les écueils de l’intronisation!

En premier lieu, il faudra que sa nomination soit approuvée par le Président de la République. Fondée en 1635 par le Cardinal de Richelieu, l’Académie française relevait à l’origine de la monarchie La monarchie française est tombée, mais l’Académie a survécu et se contente désormais d’une approbation présidentielle.

Par la suite, une semaine avant son intronisation publique, Dany Laferrière participera à une réception à huis clos lors de laquelle seront échangés les discours : Laferrière devra prononcer le sien, dans lequel il rendra obligatoirement hommage à son prédécesseur, et entendre celui qui lui est destiné. Les premiers académiciens n’avaient pas eu à se soumettre à cette exigence discursive, mais, en 1640, Olivier Patru « prononça un fort beau remerciement dont on demeura si satisfait qu’on a obligé tous ceux qui ont été reçus depuis d’en faire autant. »[1] Ce n’est toutefois que depuis La Bruyère, reçu en 1693, que la précaution du huis clos, forme de première censure, existe. Fâché d’avoir dû soumettre sa candidature à plusieurs reprises, La Bruyère avait en effet prononcé un discours dans lequel il ne faisait l’éloge que de ceux qui l’avaient appuyé, créant ainsi une controverse qui a valu une règle de plus au protocole académicien.

C’est au moment de la réception privée que Dany Laferrière recevra une médaille gravée de son nom et de la mention « immortel » et qu’il se verra attribuer un mot du dictionnaire. Après la réception publique, il sera officiellement membre de l’Académie, mais devra se taire lors des séances pendant quelques mois, le temps de se faire aux us et coutumes. Dans les semaines qui suivront son entrée, il recevra l’habit vert traditionnel – celui-là même qu’Alain Robbe-Grillet a refusé de porter, compromettant ainsi son entrée à l’Académie! – , de même qu’une épée conçue exclusivement pour lui.

Si on ne sait ce que diable ira faire Dany Laferrière dans cette galère, on sait du moins que son embarcation est faite de multiples couches de protocole, accumulées depuis des siècles. Mais sa galère mènera aussi le brillant auteur pleinement dans la langue, puisqu’une des principales missions de l’Académie française est, encore aujourd’hui, de constituer un grand dictionnaire.

Pour en savoir plus sur le protocole d’entrée à l’Académie, on peut consulter le très très détaillé site de l’Académie française. Et Sur le bout de la langue poursuit ses recherches pour offrir à ses lecteurs, bientôt, un autre épisode des aventures de Dany Laferrière chez Louis XIII.


 

« Saveur du mois »

Novembre est un bon moment pour remettre les pendules à l’heure, et pour mettre les dates à jour.

Dans la vie quotidienne, il est fréquent de devoir écrire une date. Cette activité courante soulève pourtant de nombreuses angoisses. Faut-il utiliser l’article? La majuscule? La virgule?

En français, la règle est simple (c’est rare, il faut en profiter!): pas de majuscule, pas de virgule. L’article le peut être utilisé, si le contexte l’exige, et on le placera avant le jour et la date.

Ainsi, on écrira :

Le 11 novembre 2013

Lundi 11 novembre

Montréal, 11 novembre 2013

Nous avons rendez-vous le lundi 11 novembre à 15 h. (Et non « lundi le 11 novembre ».)

Certaines expressions liées aux dates sont aussi problématiques. La « saveur du mois » qui sert de titre à cet article est ainsi fautive, calquée de l’anglais. Il faudra lui préférer, selon le contexte, coqueluche du moment ou vedette de l’heure. On pourra aussi dire que quelqu’un a – ou n’a pas – la cote en ce moment.

Chers lecteurs, serions-nous maintenant « à date » dans nos connaissances sur les dates? Malheureusement non, puisqu’il s’agit encore une fois d’une expression fautive. « À date » vient en effet de l’anglais « to date » ou « up to date». Il faudra donc dire que nos connaissances sont à jour, et que nous n’avons eu aucun problème à comprendre ces règles jusqu’à maintenant.

Lectures terrifiantes

Le 30 octobre, des étudiants en Théâtre du Cégep Marie-Victorin ont offert des lectures endiablées de textes effrayants. Pour ceux qui auraient raté l’heure du conte, il est possible de consulter les textes en ligne.

« Le pendu » de Michel Tremblay, tiré de Contes pour buveurs attardés, publié en 1966

« Le revenant de Gentilly » de Louis Fréchette, publié en 1892

« La peur » de Guy de Maupassant, publié en 1884