Spoiler, émoji et nomophobie dans la cour des Petits

émojis

Petit Larousse et Petit Robert ont bien machiné cet hiver pour proposer, fidèles à leurs habitudes – il est bien révolu ce temps où Le Petit Robert mettait plusieurs années à proposer une nouvelle édition de son dictionnaire jusqu’alors normatif! – de nouvelles entrées toutes fraîches et dans l’air du temps. Vendredi dernier, on apprenait donc que troll (Petit Larousse) et émoji (Petit Robert) entrent dans la cour des bien parleurs, au même titre que yuzu, phô, wrap (Petit Larousse), ristrette et piquillo (Petit Robert). 2017 sera gourmande!

Plus que ces nouveautés, Sur le bout de la langue remarque quelques déceptions dans la cuvée 2017, déceptions qu’elle partagera sans doute avec les savants de l’OQLF. En effet, à « divulgâcheur », auquel on trouvait un charme certain, Le Petit Robert préfère le banal spoiler.  Surtout, le même dictionnaire ajoute à sa longue liste le terme nomophobie, terme utilisé pour parler de ceux qui ne savent décoller ni le pouce ni les yeux ni l’esprit de leur brillant téléphone intelligent. Certes, le « mobidépendant » de l’OQLF n’a pas encore fait ses preuves, certes, il ne faut pas rejeter d’emblée les termes calqués de l’anglais comme ce nomophobie tiré de no mobile phobia… Mais ce qui dérange, c’est que le trouble, semble-t-il, relève beaucoup plus de la dépendance que de la phobie! Non?

Sur une note plus chauvine, on peut tout de même relever quelques inspirations québécoises comme relationniste et massothérapie (quoi, ce n’était pas encore tout à fait français?). Et plate, dans le sens de c’est ben plate, trouve désormais sa place dans le grand petit dictionnaire des éditions Le Robert.

Pour la liste des entrées dans le Robert

Et un article sur celles du Larousse

Encore des dictionnaires

Au moment où s’achèvera la session à Marie-Victorin apparaîtra sur les rayons des librairies la toute nouvelle édition du Petit Robert et son lot de nouvelles entrées. Cette année, les noms « bas-culotte », « patenteux » et « chialage », le verbe « bourrasser » et l’expression « être dans les patates » sont au nombre des ajouts québécois, aux côtés du technologique – et très attendu – « texter » (pour « écrire des textos »).

Chez Larousse, dont le célèbre dictionnaire encyclopédique illustré paraîtra au même moment, on a choisi d’introniser « textoter » et « googliser » (est-ce que « texter » et « googler » ne sont pas plutôt passés dans l’usage, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique?). On y trouvera aussi les très familiers « cougar » (« Femme généralement de plus de quarante ans, qui cherche à séduire les hommes notablement plus jeunes qu’elle ou qui entretient des relations amoureuses avec eux.») et « botoxé ».

Les nouveaux mots qui entrent dans un dictionnaire, que ce soit dans le Petit Larousse ou dans le Petit Robert, sont déjà dans l’usage. C’est parce qu’ils les entendent à répétition dans les médias que les lexicographes du Robert se penchent sur leur potentielle entrée dans la nouvelle édition, affirme Laurence Laporte, directrice éditoriale aux éditions Le Robert dans une entrevue accordée au Point.

Mais le traitement qu’on leur réserve est différent d’un dictionnaire à l’autre. Jadis, on attendait chaque année la nouvelle cuvée du Petit Larousse, alors que le Petit Robert n’était réédité qu’une fois toutes les dizaines d’années. C’est que le traitement de la langue qui est proposé dans ces dictionnaires est tout à fait différent. D’un côté, le Larousse est un dictionnaire encyclopédique, c’est-à-dire qu’il offre à ses lecteurs un portrait de la francophonie en une année donnée. Ainsi, les mots y entrent et en sortent avec plus de facilité, les cartes et illustrations sont modifiées au fil du temps. De l’autre, le Robert est un dictionnaire de langue qui repose sur l’analogie. Il désire montrer comment le mot s’emploie tant à l’oral qu’à l’écrit à l’aide de considérations phonétiques, mais aussi d’exemples de contextes attendus. Moins lié à l’air du temps, le Robert propose aussi une histoire des mots et nombre d’exemples littéraires.

À cause sans doute des outils informatiques qui le permettent et de la concurrence entre les différents dictionnaires, Robert a désormais emboité le pas à Larousse et les deux grandes maisons d’édition proposent chaque année une nouvelle mouture de leur « petit ». Pour un avant-goût des ajouts de 2014 :

Un article du Figaro sur le Petit Larousse 2014

Un article de Libération sur le Petit Robert 2014