Points en suspens

La semaine dernière, le magazine en ligne Slate.fr publiait la recension d’un très sérieux bouquin de Julien Rault paru en septembre dernier. Et ce très sérieux bouquin s’intéresse aux non moins sérieux points de suspension. Il n’en fallait pas plus pour que Sur le bout de la langue soit plongée dans une rêverie syncopée dans laquelle défilaient, en grappes, les fameux petits points…

S’ils connaissent une popularité exacerbée par les conversations instantanées et autres dialogues électroniques, les points de suspension n’ont pas toujours eu la cote. En fait, leur entrée dans la ponctuation remontrait, selon Rault, au 17e siècle, et leur dénomination actuelle, au 18e. D’abord appelés point interrompu, points de coupure ou points multiples, les points de suspension variaient aussi en nombre et ce n’est que vers le milieu du 19e siècle que les petits points ont trouvé leur apparence ternaire actuelle.

Rault les voit comme des « points de latence », moments d’un texte où on indique que quelque chose peut apparaître mais où on floute la nature de ce quelque chose.

Pour Sur le bout de la langue, les points de suspension sont la preuve d’une très grande confiance faite au lecteur. Après tout, qu’on les utilise pour laisser une phrase inachevée ou pour taire une relation louche avec monsieur F…, les points de suspension laissent le lecteur tout à fait libre de combler l’espace à sa manière, bienveillante ou tordue!

Néanmoins, s’il s’agit de laisser dans le flou, aussi bien le faire clairement. Il existe quelques règles typographiques qui encadrent l’utilisation des points de suspension, dont nous listons ici celles qui nous semblent les plus utiles. Les fonctions des points de suspension, selon le CCDMD, sont au nombre de quatre :

  1. Marquer une pause dans une phrase interrompue. Dans ce cas, on utilise simplement les points de suspension. Lorsque cette interruption survient à la fin d’une phrase, le point final se confond avec les trois petits points.
  2. Montrer qu’une énumération est incomplète. Dans ce cas, Il ne faut pas utiliser les points de suspension avec l’expression etc. Les deux éléments ont en effet la même fonction.
  3. Montrer une coupure dans une citation. Comme chaque modification apportée à une citation, il faut montrer la coupure à l’aide des crochets. On indique donc […] à l’endroit où la citation a été tronquée.
  4. Censurer un mot tabou, masquer une grossièreté, préserver un anonymat… On peut alors choisir, selon la teneur de ce qu’on veut cacher, de remplacer le mot au complet par les points de suspension, de n’en donner que la première lettre, ou que le début.

Pour en savoir plus :

Théorie et exercices sur le site du CCDMD

Informations typographiques précises sur le site du Bureau de la traduction du gouvernement canadien

Ponctuez prudemment!