Un 31 mai occupé

Alors que la langue occupe une grande partie de la population scolaire en cette fin de printemps frisquet (alors que d’aucuns s’échinent à rédiger des travaux de fin de session, d’autres ramassent tout leur petit change pour les corriger!), il semble que la question linguistique gagne aussi d’autres sphères de la société.

À preuve, le 31 mai 2017 a été très linguistiquement occupé dans les journaux québécois!

D’abord, Le Devoir s’intéresse aux nouveaux mots faisant leur entrée dans les dictionnaires cette année et nous propose de tester nos connaissances avec un court questionnaire.

Au même moment, Justin Trudeau est rabroué par d’illustres universitaires: ses notes biographiques officielles sont bourrées de fautes…

Au moins, parce qu’on est maintenant en 2018 dans l’univers des dictionnaires, si Justin a déjà été un gameur, il pourra désormais l’écrire sans crainte et avec un «u» dans sa biographie officielle. (Conclusion boiteuse qui répond au besoin irrépressible de faire des liens… Sur le bout de la langue retourne à ses corrections…)

Encore des dictionnaires

Au moment où s’achèvera la session à Marie-Victorin apparaîtra sur les rayons des librairies la toute nouvelle édition du Petit Robert et son lot de nouvelles entrées. Cette année, les noms « bas-culotte », « patenteux » et « chialage », le verbe « bourrasser » et l’expression « être dans les patates » sont au nombre des ajouts québécois, aux côtés du technologique – et très attendu – « texter » (pour « écrire des textos »).

Chez Larousse, dont le célèbre dictionnaire encyclopédique illustré paraîtra au même moment, on a choisi d’introniser « textoter » et « googliser » (est-ce que « texter » et « googler » ne sont pas plutôt passés dans l’usage, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique?). On y trouvera aussi les très familiers « cougar » (« Femme généralement de plus de quarante ans, qui cherche à séduire les hommes notablement plus jeunes qu’elle ou qui entretient des relations amoureuses avec eux.») et « botoxé ».

Les nouveaux mots qui entrent dans un dictionnaire, que ce soit dans le Petit Larousse ou dans le Petit Robert, sont déjà dans l’usage. C’est parce qu’ils les entendent à répétition dans les médias que les lexicographes du Robert se penchent sur leur potentielle entrée dans la nouvelle édition, affirme Laurence Laporte, directrice éditoriale aux éditions Le Robert dans une entrevue accordée au Point.

Mais le traitement qu’on leur réserve est différent d’un dictionnaire à l’autre. Jadis, on attendait chaque année la nouvelle cuvée du Petit Larousse, alors que le Petit Robert n’était réédité qu’une fois toutes les dizaines d’années. C’est que le traitement de la langue qui est proposé dans ces dictionnaires est tout à fait différent. D’un côté, le Larousse est un dictionnaire encyclopédique, c’est-à-dire qu’il offre à ses lecteurs un portrait de la francophonie en une année donnée. Ainsi, les mots y entrent et en sortent avec plus de facilité, les cartes et illustrations sont modifiées au fil du temps. De l’autre, le Robert est un dictionnaire de langue qui repose sur l’analogie. Il désire montrer comment le mot s’emploie tant à l’oral qu’à l’écrit à l’aide de considérations phonétiques, mais aussi d’exemples de contextes attendus. Moins lié à l’air du temps, le Robert propose aussi une histoire des mots et nombre d’exemples littéraires.

À cause sans doute des outils informatiques qui le permettent et de la concurrence entre les différents dictionnaires, Robert a désormais emboité le pas à Larousse et les deux grandes maisons d’édition proposent chaque année une nouvelle mouture de leur « petit ». Pour un avant-goût des ajouts de 2014 :

Un article du Figaro sur le Petit Larousse 2014

Un article de Libération sur le Petit Robert 2014