Spoiler, émoji et nomophobie dans la cour des Petits

émojis

Petit Larousse et Petit Robert ont bien machiné cet hiver pour proposer, fidèles à leurs habitudes – il est bien révolu ce temps où Le Petit Robert mettait plusieurs années à proposer une nouvelle édition de son dictionnaire jusqu’alors normatif! – de nouvelles entrées toutes fraîches et dans l’air du temps. Vendredi dernier, on apprenait donc que troll (Petit Larousse) et émoji (Petit Robert) entrent dans la cour des bien parleurs, au même titre que yuzu, phô, wrap (Petit Larousse), ristrette et piquillo (Petit Robert). 2017 sera gourmande!

Plus que ces nouveautés, Sur le bout de la langue remarque quelques déceptions dans la cuvée 2017, déceptions qu’elle partagera sans doute avec les savants de l’OQLF. En effet, à « divulgâcheur », auquel on trouvait un charme certain, Le Petit Robert préfère le banal spoiler.  Surtout, le même dictionnaire ajoute à sa longue liste le terme nomophobie, terme utilisé pour parler de ceux qui ne savent décoller ni le pouce ni les yeux ni l’esprit de leur brillant téléphone intelligent. Certes, le « mobidépendant » de l’OQLF n’a pas encore fait ses preuves, certes, il ne faut pas rejeter d’emblée les termes calqués de l’anglais comme ce nomophobie tiré de no mobile phobia… Mais ce qui dérange, c’est que le trouble, semble-t-il, relève beaucoup plus de la dépendance que de la phobie! Non?

Sur une note plus chauvine, on peut tout de même relever quelques inspirations québécoises comme relationniste et massothérapie (quoi, ce n’était pas encore tout à fait français?). Et plate, dans le sens de c’est ben plate, trouve désormais sa place dans le grand petit dictionnaire des éditions Le Robert.

Pour la liste des entrées dans le Robert

Et un article sur celles du Larousse

Définitions troublantes

Définition "pédophile", Le Petit Robert 1993

Définition du Petit Robert 1993.

Expérience fortuite et troublante : la lecture de la définition du terme « pédophile » dans l’édition 1993 du Petit Robert. « Qui ressent une attirance sexuelle pour les enfants. Une lesbienne pédophile. », y lit-on. L’exemple a de quoi surprendre!  Les rédacteurs du dictionnaire manquaient-ils de mots pour décrire une réalité abjecte? Auraient-ils voulu fourrer dans une seule définition tout ce qu’ils considéraient comme des déviances? Pourquoi avoir accolé l’adjectif à un nom féminin?

Les éditions plus récentes ont actualisé l’illustration (dans celle de 2004, on trouve « Réseau de pédophiles »), mais l’interrogation reste : quel rôle joue le dictionnaire dans la transmission des connotations d’un mot, des stéréotypes qui lui sont associés? Lorsqu’ils s’adressent aux enfants, les dictionnaires ont encore plus cette charge éducative. Pourtant, la neutralité dont ils devraient faire preuve ne semble pas toujours être au rendez-vous. L’an dernier, sur le blogue En traversant le St-Laurent, on faisait état d’une autre expérience bouleversante : le Robert Junior semblait stigmatiser les filles, donnant à Sarah le rôle d’illustrer les mots à connotation négative (capricieuse, peste, vilaine, peureuse…), alors que les garçons se réservaient les adjectifs virils (courageux, habiles). Bien sûr, cette recherche n’a rien d’exhaustif, mais un certain malaise surgit.

Portrait d’une langue, de la société qui la parle, le dictionnaire ne peut être taxé d’imposer un mode de pensée. Pourtant, il représente la norme, et c’est parfois ce qui inquiète.