La langue en chantier

panneaux fautifs

TVA Nouvelles révélait hier que la langue française souffre, elle aussi, des différents chantiers dans les rues de Montréal. Heureusement, les journalistes veillent au grain et les panneaux fautifs ont été corrigés.

Sur le bout de la langue se surprend parfois à rêver, entre deux nids-de-poule ou entre deux vilaines fautes, que ces journalistes veillent aussi sur les copies de ses étudiants…

Pour voir l’étendue des dégâts: http://www.tvanouvelles.ca/2016/05/10/le-francais-massacre-dans-les-rues-de-montreal

Audace grammaticale

photo listerineSur le bout de la langue a beau être dotée d’une imagination fertile, sa souplesse cognitive n’est pas suffisante pour organiser de façon compréhensible audace, yoga et mauvaise haleine.

Et, dans cette plus ou moins heureuse superposition de cyan et de magenta, c’est d’abord la faute d’accord que nous remarquons! Un petit rappel (à répéter comme un mantra?):

Dans le cas du passé d’un verbe pronominal (se laver), il faut modifier l’auxiliaire pour créer un participe passé employé avec avoir.

Elle s’est rincé devient

Elle a rincé.

Le reste, on le maîtrise comme la plus basique des postures… Il suffit de trouver le complément direct (rincé quoi? la bouche), ici placé après le participe passé. Il n’y a donc pas d’accord.

Même sans la faute, la pub reste particulièrement étrange… Aujourd’hui, madame L. s’est rincé la bouche, ce qui lui permet d’enfiler avec audace un léotard magenta et de se courber dans un équilibre complexe et précaire. Espérons qu’elle s’est aussi lavé les pieds! (?) (Nous ne voyons aucune autre explication…)

Manger de la friture sans la préparer

Nos voisins adorent la friture. Deux fois par semaine, ils s’accordent ce petit plaisir gourmand et fri.. frissent… font frire pommes de terre et légumes divers.

Si les nutritionnistes leur conseillent de cesser cette ô combien nocive habitude, la langue, elle, les empêche tout simplement de préparer leur repas à deux! C’est que le verbe frire, comme traire et éclore, pour ne nommer qu’eux, fait partie des verbes qu’on dit défectifs.

La défectivité est une notion grammaticale très ancienne. Déjà au 4e siècle, on parlait pour le latin de certains verbes qui faisaient défaut, mais il faut attendre le 17e siècle pour que Richelet, dans son dictionnaire, les définisse clairement comme des verbes qui ne se conjuguent pas à tous les temps.

Dans les grammaires actuelles, la catégorie des verbes défectifs semble parfois un grand débarras dans lequel on place tant les verbes qui ne se conjuguent pas à tous les temps ou à toutes les personnes pour des raisons de sens bien claires (je pleus?, vous neigez?, nous fallons?…) que ceux qui sont « défectueux » pour des raisons obscures.

Pourquoi donc est-il proscrit de frire à plusieurs au présent, de choir à l’imparfait (hier, tu choissais sur ton divan est une situation impossible) ou de clore au passé simple (je cloai cet article de façon admirable, n’est-ce pas?) Selon Abdellatif Adouani, ces verbes aux conjugaisons incomplètes « ne doivent […] leur défectivité qu’aux problèmes posés aux usagers de la langue quand il s’agit de les conjuguer. »¹  Pour tous ceux qui ont peiné à apprendre les terminaisons parfois inattendues des verbes du troisième groupe, cette explication est un peu… décevante. Mais Sur le bout de la langue n’a pu trouver mieux…

D’ailleurs, depuis que les domaines du marketing et de la publicité éclosent (éclore, par exemple, qui n’accepte pas nous éclosons ni vous éclosez ni rien du tout à l’imparfait), le verbe promouvoir semble développer des utilisations jusqu’alors considérées rares. Le Petit Robert édition 2006, laisse entendre que le verbe est « rare sauf à l’infinitif et au participe passé », alors que le Nouvel Obs suggère un tableau de conjugaison presque complet. Les chances de développer ainsi un passé simple du verbe traire dans notre monde actuel nous paraissent tout de même plutôt limitées… D’ailleurs, si quelqu’un a une suggestion de terminaison pour les verbes en -traire (soustraire et distraire, pour ne nommer que ceux-là) au passé simple, Sur le bout de la langue est curieuse!

En attendant que choir au subjonctif imparfait se développe (hum…) ou que les couples heureux et gourmands puissent préparer leur friture ensemble et l’affirmer haut et fort (tous les mardis, nous frissons notre tofu!), puissez (oui, pouvoir est aussi défectif) répondre avec enthousiasme et curiosité à ce jeu-questionnaire.

Admiratives félicitations à tous les participants!

Cette année encore, des dizaines de participants ont bravé les intempéries grammaticales et orthographiques lors de la Dictée Hélène-Richer. Ce concours exclusif au Cégep Marie-Victorin a la particularité de réunir, dans une ambiance à la fois compétitive et bon enfant, étudiants et employés désireux d’affronter les difficultés de la langue.

Le 30 mars 2016, la barre était haute. Le Prétexte avait préparé une solide dictée sur le thème du café, et Pierre Brodeur, professeur de théâtre, a lu le texte à des participants aux aguets. De nombreux prix de participation ont été remis au cours de l’activité, ce qui a permis à tous de patienter quelques jours avant l’annonce officielle des gagnants!

À l’avant, les gagnantes de la Dictée Hélène-Richer 2016 chez les employés : Manon Larochelle, BRAC, Geneviève Deschênes, BRAC et Marie Blain, Direction des études. À l’arrière : Éric Dion, directeur des ressources humaines, Sylvain Mandeville, directeur général, Sarah-Claude Roy, responsable du Prétexte et Adeline Gendron, Sur le bout de la langue

À l’avant, les gagnantes de la Dictée Hélène-Richer 2016 chez les employés : Manon Larochelle, BRAC, Geneviève Deschênes, BRAC et Marie Blain, Direction des études.
À l’arrière : Éric Dion, directeur des ressources humaines, Sylvain Mandeville, directeur général, Sarah-Claude Roy, responsable du Prétexte et Adeline Gendron, Sur le bout de la langue

Le Prétexte et Sur le bout de la langue tiennent à féliciter,

Chez les employés :

1re place : Geneviève Deschênes, du Bureau de la reconnaissance des acquis et des compétences

2e place : Marie Blain, de la Direction des études.

3e place : Manon Larochelle, du Bureau de la reconnaissance des acquis et des compétences.

Les prix pour les employés ont été offerts par la Direction des ressources humaines. Marie Blain a choisi de remettre le sien aux étudiants du Prétexte. L’amour de la langue semble une des bases du BRAC qui, encore cette année, s’est mérité le prix remis au service présentant le plus de participants offert par Resto-Bar Capucine. On voit ici les représentants du BRAC, tout sourire, au moment où on leur a livré la collation associée à ce prix.

Certains des employés du BRAC.

Certains des employés du BRAC.

Chez les étudiants :

Pour la dictée longue

1re place : Simon Forget

2e place : Shanti Desautels-Roy

3e place : David Méus

Pour la dictée courte

1re place : Kathy Borno

2e place : Katrina Pimentel

Les prix remis aux étudiants ont été offerts par la Direction générale et par les Éditions Druide.

Le Prétexte et Sur le bout de la langue, de même que toute la communauté du Cégep Marie-Victorin, offre ses plus admiratives félicitations à tous les participants!..

… et remercie ceux qui ont rendu l’activité possible : Direction générale, Direction des ressources humaines, Direction des études, Éditions Druide Informatique, Éditions Le Robert, Coop Marie-Victorin, Papier Profusion, Espace 7000 et Resto-Bar Capucine.

L’art de la négation

(ou quand les compagnies de sodas rédigent en français du 17e siècle)

*** Un problème technique nous empêche de mettre convenablement les liens vers les sources de cet article. Nous sommes désolés pour cet inconvénient et nous tentons de remédier au problème le plus efficacement possible! ***

L’adverbe de négation constitue un exemple très parlant de la façon dont peut lentement évoluer une langue, entre norme et oralité, entre ordre et normalité. Présent dès les Serments de Strasbourg– rédigés en 842 et considérés comme le premier texte en français, du moins en roman, ancêtre du français – l’adverbe non s’est bientôt, en toute lenteur étymologique, mué en ne au milieu du 10e siècle.

Puis, peu à peu, des noms bien quotidiens sont venus complémenter les verbes dont l’incomplétude était marquée par ce ne. Je ne mange mie, miette; je ne bois goutte; je ne couds point; je ne marche pas. Mie, goutte, point et pas, pour ne nommer qu’eux, ont ensuite été entraînés dans un processus de grammaticalisation qui a transformé leur nature : de noms communs, ils sont devenus partie d’une locution adverbiale qui fonctionnait désormais en dyade.

Et cette évolution linguistique est toujours affaire pendante. Aujourd’hui, à l’oral, c’est le ne lui-même qui tend à s’effacer au profit de la seconde partie de la locution. Ainsi entend-on : « Je sais plus quoi faire, je pense pas y arriver… »

La place de la négation dans la phrase est elle aussi signe des temps. Aujourd’hui figée – autour du verbe conjugué; avant le verbe à l’infinitif (Je ne peux pas ne pas voir qu’il s’agit d’une difficulté!) – elle était encore laissée à la discrétion de l’auteur classique. Au 17e siècle, Molière pouvait donc écrire : « Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde » (Le Misanthrope, Acte I, scène 1), à l’instar de ses contemporains classiques qui choisissaient esthétiquement tantôt la formule ne + infinitif + pas, tantôt la tournure ne + pas + infinitif. Aujourd’hui, on considère comme archaïque le premier agencement, et les règles prescrites par les grammaires sont claires : il faut privilégier le second.

Quant à cette originale compagnie de sodas, de deux choses l’une : soit elle a utilisé la fonction « 17e siècle » de son site de traduction, soit elle n’a jamais entendu parler du truc modre/mordu servant à distinguer l’infinitif du participe passé.  Sur le bout de la langue trouve la première option beaucoup plus inspirante!

Pour en savoir plus:

Un article savant, complet, et plutôt complexe sur l’utilisation de « pas » et « point » en français classique :

http://www.claude-muller-linguiste.fr/wp-content/uploads/2012/09/N%C3%A9gation-classique.pdf

Des exercices du CCDMD:

http://www.ccdmd.qc.ca/media/synt_probl_51Syntaxe.pdf

Sur les Serments de Strasbourg:

(http://www.lexilogos.com/serments_strasbourg.htm)

 

Un concours!

Du 3 au 23 mars ont lieu les Rendez-vous de la Francophonie. Sur le site de l’événement, on peut, entre autres, participer à un concours de dictée à choix multiples.

Sur le bout de la langue, dans sa magnanimité, vous offre même un indice:

Un bon entraînement pour la plus locale mais non moins intéressante Dictée Hélène-Richer du 30 mars!

Le très attendu retour de la Dictée Hélène-Richer

ENCORE CETTE ANNÉE, LA DICTÉE-HÉLÈNE-RICHER FERA COURIR LES FOULES!

La Dictée Hélène-Richer, nommée ainsi en l’honneur d’une ancienne enseignante du département de Lettres pour qui la langue a toujours été une passion, aura lieu de nouveau cette année.

Le mercredi 30 mars 2016, de 12 h 15 à 13 h, au H-107, Pierre Brodeur, enseignant de théâtre reconnu pour sa diction limpide et son enthousiasme contagieux, lira pour nous une dictée consciencieusement tordue.

Que vous soyez des émules de Guy Bertrand ou non, vous y trouverez votre compte puisqu’en plus de récompenser les meilleurs résultats chez les employés et chez les étudiants, le concours de dictée se soldera par la remise de prix de participation offerts par la Direction générale, la Direction des ressources humaines, la Direction des études, les Éditions Druide, la COOP Marie-Victorin, Papier profusion, Espace 7000 et Resto-bar Capucine.

Un prix spécial est même réservé au département ou service qui dépêchera le plus de participants. Qui saura ravir le titre aux employés de la Reconnaissance de acquis? Passez le mot!

Inscription recommandée à surleboutdelalangue@collegemv.qc.ca

Soyez-y… sans fautes!

Points en suspens

La semaine dernière, le magazine en ligne Slate.fr publiait la recension d’un très sérieux bouquin de Julien Rault paru en septembre dernier. Et ce très sérieux bouquin s’intéresse aux non moins sérieux points de suspension. Il n’en fallait pas plus pour que Sur le bout de la langue soit plongée dans une rêverie syncopée dans laquelle défilaient, en grappes, les fameux petits points…

S’ils connaissent une popularité exacerbée par les conversations instantanées et autres dialogues électroniques, les points de suspension n’ont pas toujours eu la cote. En fait, leur entrée dans la ponctuation remontrait, selon Rault, au 17e siècle, et leur dénomination actuelle, au 18e. D’abord appelés point interrompu, points de coupure ou points multiples, les points de suspension variaient aussi en nombre et ce n’est que vers le milieu du 19e siècle que les petits points ont trouvé leur apparence ternaire actuelle.

Rault les voit comme des « points de latence », moments d’un texte où on indique que quelque chose peut apparaître mais où on floute la nature de ce quelque chose.

Pour Sur le bout de la langue, les points de suspension sont la preuve d’une très grande confiance faite au lecteur. Après tout, qu’on les utilise pour laisser une phrase inachevée ou pour taire une relation louche avec monsieur F…, les points de suspension laissent le lecteur tout à fait libre de combler l’espace à sa manière, bienveillante ou tordue!

Néanmoins, s’il s’agit de laisser dans le flou, aussi bien le faire clairement. Il existe quelques règles typographiques qui encadrent l’utilisation des points de suspension, dont nous listons ici celles qui nous semblent les plus utiles. Les fonctions des points de suspension, selon le CCDMD, sont au nombre de quatre :

  1. Marquer une pause dans une phrase interrompue. Dans ce cas, on utilise simplement les points de suspension. Lorsque cette interruption survient à la fin d’une phrase, le point final se confond avec les trois petits points.
  2. Montrer qu’une énumération est incomplète. Dans ce cas, Il ne faut pas utiliser les points de suspension avec l’expression etc. Les deux éléments ont en effet la même fonction.
  3. Montrer une coupure dans une citation. Comme chaque modification apportée à une citation, il faut montrer la coupure à l’aide des crochets. On indique donc […] à l’endroit où la citation a été tronquée.
  4. Censurer un mot tabou, masquer une grossièreté, préserver un anonymat… On peut alors choisir, selon la teneur de ce qu’on veut cacher, de remplacer le mot au complet par les points de suspension, de n’en donner que la première lettre, ou que le début.

Pour en savoir plus :

Théorie et exercices sur le site du CCDMD

Informations typographiques précises sur le site du Bureau de la traduction du gouvernement canadien

Ponctuez prudemment!