Manger de la friture sans la préparer

Nos voisins adorent la friture. Deux fois par semaine, ils s’accordent ce petit plaisir gourmand et fri.. frissent… font frire pommes de terre et légumes divers.

Si les nutritionnistes leur conseillent de cesser cette ô combien nocive habitude, la langue, elle, les empêche tout simplement de préparer leur repas à deux! C’est que le verbe frire, comme traire et éclore, pour ne nommer qu’eux, fait partie des verbes qu’on dit défectifs.

La défectivité est une notion grammaticale très ancienne. Déjà au 4e siècle, on parlait pour le latin de certains verbes qui faisaient défaut, mais il faut attendre le 17e siècle pour que Richelet, dans son dictionnaire, les définisse clairement comme des verbes qui ne se conjuguent pas à tous les temps.

Dans les grammaires actuelles, la catégorie des verbes défectifs semble parfois un grand débarras dans lequel on place tant les verbes qui ne se conjuguent pas à tous les temps ou à toutes les personnes pour des raisons de sens bien claires (je pleus?, vous neigez?, nous fallons?…) que ceux qui sont « défectueux » pour des raisons obscures.

Pourquoi donc est-il proscrit de frire à plusieurs au présent, de choir à l’imparfait (hier, tu choissais sur ton divan est une situation impossible) ou de clore au passé simple (je cloai cet article de façon admirable, n’est-ce pas?) Selon Abdellatif Adouani, ces verbes aux conjugaisons incomplètes « ne doivent […] leur défectivité qu’aux problèmes posés aux usagers de la langue quand il s’agit de les conjuguer. »¹  Pour tous ceux qui ont peiné à apprendre les terminaisons parfois inattendues des verbes du troisième groupe, cette explication est un peu… décevante. Mais Sur le bout de la langue n’a pu trouver mieux…

D’ailleurs, depuis que les domaines du marketing et de la publicité éclosent (éclore, par exemple, qui n’accepte pas nous éclosons ni vous éclosez ni rien du tout à l’imparfait), le verbe promouvoir semble développer des utilisations jusqu’alors considérées rares. Le Petit Robert édition 2006, laisse entendre que le verbe est « rare sauf à l’infinitif et au participe passé », alors que le Nouvel Obs suggère un tableau de conjugaison presque complet. Les chances de développer ainsi un passé simple du verbe traire dans notre monde actuel nous paraissent tout de même plutôt limitées… D’ailleurs, si quelqu’un a une suggestion de terminaison pour les verbes en -traire (soustraire et distraire, pour ne nommer que ceux-là) au passé simple, Sur le bout de la langue est curieuse!

En attendant que choir au subjonctif imparfait se développe (hum…) ou que les couples heureux et gourmands puissent préparer leur friture ensemble et l’affirmer haut et fort (tous les mardis, nous frissons notre tofu!), puissez (oui, pouvoir est aussi défectif) répondre avec enthousiasme et curiosité à ce jeu-questionnaire.

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