Le cochon mystérieux

On le sait, les courtiers immobiliers ont le sens de l’humour (Bienvenue à Calembourg). Et ils savent surprendre! Cette image sur laquelle deux coquets représentants de la race porcine semblent rigoler ferme (ils s’entendraient donc comme lardons en foire? Vite, courtier, trouvez-nous une résidence à Calembourg!) en est la preuve :

À première vue, rien ne laisse deviner l’association saugrenue entre cochons et immobilier. Il faut retourner le prospectus pour constater qu’il s’agit bien de la publicité on ne peut plus originale d’une agence immobilière plus souvent associée à la montgolfière qu’à la famille des suidés.

Mais revenons à nos cochons. Deux choses intriguent dans cette publicité : le choix du cochon, certes, et l’absence de « s » audit cochon.

Si cochon avait été adverbe, il aurait été invariable (« Enfin des honoraires pas mal.») Mais ici, il s’agit d’un adjectif qu’on aurait pu remplacer, par exemple, par « salés ». Il aurait fallu écrire « Enfin des honoraires pas cochons ».

Même avec la marque du pluriel, le choix de la bête reste surprenant. Le mot « cochon » est attesté dans la langue française depuis 1091 et pourrait venir de l’onomatopée coch-coch exprimant le grognement de l’animal. Le sens figuré de personnage grossier physiquement ou moralement apparaît à la fin du 17e siècle. Aujourd’hui, on trouve en général deux sens figurés à cochon, le premier rappelant la saleté de l’animal, l’autre étant associé à un caractère salace, obscène*. Dans les deux cas pourtant, rien à voir avec des honoraires… Du moins on l’espère! (Argent sale? Tractations obscènes?)

Spontanément, on aurait sans doute plutôt choisi le chien comme animal de compagnie publicitaire. « Des honoraires pas chiens » aurait annoncé des honoraires pas méchants. Mais il semble que le nombre d’animaux disponibles à Calembourg soit limité, et une autre publicité de la même compagnie reçue en même temps nous montrait que le chien vaquait vaillamment à d’autres occupations…

* Définition tirée du Dictionnaire historique de la langue française, Éditions Le Robert, 1994, p. 440.

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