La bête noire des articles de bureau

Fréquemment, des étudiants frappent à la porte du très accueillant bureau de Sur le bout de la langue et demandent, d’un air gêné : « Est-ce que je pourrais vous emprunter une brocheuse? » Fréquemment, Sur le bout de la langue hésite entre taquiner (« Tu as l’air essoufflé! As-tu vraiment le temps d’agrafer ton travail avant l’heure de remise? »), corriger (« Une agrafeuse? ») ou, plus gentiment, tendre l’objet convoité…

Le terme « brocheuse » est fautif pour désigner le « petit instrument actionné à la main, utilisé pour agrafer des feuilles de papier[1] » ― il faut plutôt employer agrafeuse ―, mais l’erreur lexicale si courante est loin d’être honteuse. En effet, la brocheuse a la même fonction d’unir plusieurs feuilles de papier. Utilisé dès le 18e siècle pour désigner l’ouvrier (brocheur) qui s’occupe du brochage, c’est-à-dire celui qui assemble, plie et coud les pages d’un livre, le terme a suivi la mécanisation de l’imprimerie pour désigner aujourd’hui la machine qui s’occupe de ces tâches, le plus souvent grâce à un principe de thermocollage. L’étudiant qui désirerait imprimer plusieurs exemplaires d’un volumineux travail pourrait donc réellement vouloir emprunter une brocheuse…

L’agrafeuse pose un autre problème, imperceptible cette fois dans la demande de l’étudiant emprunteur. On la voit souvent dotée de doubles consonnes peut-être esthétiques, mais tout à fait superflues. Si l’erreur reste une erreur, elle a au moins le mérite d’être historique : la première attestation du mot est aggraffer, en 1542 (avant la normalisation de l’orthographe!). Le terme signifiait alors « griffer ». L’agrafeuse telle qu’on la connaît a fait son entrée dans la langue en 1912[2].



[2] Les données étymologiques sont tirées du Dictionnaire historique de la langue française, Éditions Le Robert, 1992.

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