Un air d’été

Alors que le plus jeune des fils ne compte que trois roues à son vélo à quatre roues, le plus vieux file depuis quelques semaines sur son vélo de grand, celui fort justement nommé bi-cyclette (Les fils sont aussi sporadiquement initiés au latin.)

On court sur les bas-côtés, on s’émeut, et on en perd sa grammaire! Des « Vas-y, continue! », des  « Pédale, pédALE!!!! » et des « Ça y est, il est sur son air d’aller! » jaillissent. Parents à la fois pétrifiés et resplendissants de fierté sont trop préoccupés de leur marmaille qui vient de gagner subitement plusieurs kilomètres/heure pour remarquer la faute d’homophone. Mais Sur le bout de la langue a le loisir de revenir sur le moment et de se pencher sur la question (et doit avouer avoir fait la faute, parfois…)

L’expression erre d’aller n’a rien à voir avec l’air de celui qui va.  Erre, qu’on associe facilement au présent de l’indicatif du verbe errer, est a

ussi un nom féminin. S’il a déjà eu le sens latin de « chemin, voie », il a pris au 12e siècle la signification de « train, allure ». Dans l’expression qui nous intéresse, c’est pourtant la signification actuelle, acquise par la spécialisation du mot dans le vocabulaire de la marine, qui prévaut, celle de « vitesse acquise d’un bâtiment quand il cesse d’être propulsé[1] ». L’expression, elle, appartien

t moins au monde maritime qu’au langage familier

 et semble être utilisée exclusivement au Québec.

C’est donc bien sur son erre d’aller que se trouve le plus grand des fils lorsqu’il fonce à travers le parc sans trop d’efforts, avide de l’espace désormais à sa portée.

Pour en savoir plus :

L’article de la Banque de dépannage linguistique sur les homophones air, aire, ère, erre (ers, haire et hère).

L’air d’été du titre



[1] Les définitions sont tirées du Dictionnaire historique de la langue française, Éditions Le Robert, 1994.

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