Tout pour le tout

Tout pose problème. Tous les rédacteurs le savent. L’équipe de Sur le bout de la langue, tout occupée de votre bien-être et de votre bien écrire, vous propose un tout pour le tout.

Sur la Banque de dépannage linguistique: Tout déterminant, Tout adverbe, Tout pronom

Un tableau récapitulatif: Tout

Un exercice facile

Un exercice un peu plus difficile

Une liste d’expressions avec Tout

Dictée Hélène-Richer – troisième séance d’entraînement : a trait et attrait

Malgré la campagne électorale qui bat son plein,  malgré la Dictée Hélène-Richer qui arrive rapidement (dès mercredi prochain, à 12 h 15, au H-107!), Sur le bout de la langue sent, en cette fin d’hiver qui s’éternise, l’envie de parler météo. Alors que le temps des sucres devrait atteindre son paroxysme, on aperçoit encore le pêcheur sur glace lancer sa ligne sans même craindre le dégel! Le printemps et ses attraits se laissent désirer.

Pour se désennuyer en attendant le chaud temps, quoi de mieux qu’un petit entraînement grammatical! Il y a tant de pièges dans cette belle langue française, le divertissement est assuré pour les décennies à venir! Le couple qui nous intéresse aujourd’hui est celui formé par a trait et attrait qui ne sont unis que par une ressemblance sonore. Tout le reste tend à séparer le nom attrait, « qualité qui attire ou qui séduit », de l’expression liant le verbe avoir au nom trait pour signifier « ce qui concerne ». Comment les distinguer? Si l’homophone est suivi de la préposition à (ou au, aux), il s’agit de l’expression a trait.

Les attraits du printemps sont nombreux.

La température clémente, les arbres bourgeonnants, les vêtements plus légers, tout ce qui a trait au printemps est représenté dans ce texte.

L’expression « en ce qui a trait à », souvent utilisée par les politiciens en campagne – puisqu’il faut y revenir ! – est rarement attestée par les dictionnaires, mais semble passée dans l’usage au Québec. Elle signifie « en ce qui concerne ».

Pour en savoir plus: l’article de la Banque de dépannage linguistique

Dictée Hélène-Richer – deuxième séance d’entraînement : quel que soit le quelque

Alors que la CAQ « se donne Legault » pour aller on ne sait où, le Parti Libéral désire parler « des vraies affaires », quelles que soient lesdites affaires. Le Parti Québécois, de son côté, se veut « plus prospère / plus fort / plus indépendant / plus accueillant ». Que qui? Que quoi? La phrase-choc est, décidément, rédigée et placardée beaucoup plus pour son impact que pour sa précision!

Mais laissons là ce commentaire électoral pour nous concentrer sur l’entraînement grammatical menant à la Dictée Hélène-Richer (qui, nous le rappelons, aura lieu le 26 mars à 12 h 15 au H-107). Quand faut-il utiliser quel que en deux mots? Quand faut-il accorder quelque?

Fidèle à ses habitudes, Sur le bout de la langue a choisi de vous présenter les règles qui régissent le choix et l’accord de quelque dans la grande majorité de ses utilisations (nous laissons à d’autres plus érudits que nous le soin de traiter des exceptions).

Dans un premier temps, il faut voir devant quel mot est utilisé quelque / quelques / quel que.

Quel que s’écrit en deux mots s’il est suivi du verbe être au subjonctif (ou du pronom personnel qui introduit ce même verbe être au subjonctif). Il s’accorde alors en genre et en nombre avec le sujet du verbe.

Quelles que soient les affaires abordées par l’équipe de Couillard, elles se doivent d’être vraies.

Dans les autres cas, quelque s’écrit en un mot et ne s’accorde que s’il est suivi d’un nom. Il s’accorde alors avec ce nom.

Pauline Marois et ses candidats ont déjà eu à essuyer quelques railleries.

Dans les autres cas, quelque est invariable.

Pour d’autres exemples, consultez le Quelque – Quel que

Pour tester vos connaissances, une dictée trouée de l’OQLF

Et pour en savoir plus, l’article de la Banque de dépannage linguistique

 

Dictée Hélène-Richer : première séance d’entraînement – Un palier à atteindre

Les élections provinciales seront, selon toute vraisemblance, annoncées officiellement mercredi. Gageons que dans la horde de candidats, nombreux seront ceux qui s’engageront à mieux financer tel ou tel domaine dans le but de pallier à l’ingérable crise générée par le parti au pouvoir dans le passé, quel que soit le passé auquel on fait allusion. (Oui, l’équipe de Sur le bout de la langue, déjà échaudée par « On se donne Legault », anticipe les erreurs électorales!)

Que les candidats racoleurs le sachent, pallier est un verbe transitif direct, c’est-à-dire qu’on pallie quelque chose, et non à quelque chose. L’augmentation du budget alloué à l’éducation pourra donc pallier les insuffisances dans le réseau et remédier à (et non pallier à) ce problème récurrent de sous-financement.

Entendrons-nous aussi parler de différents paliers de gouvernement? C’est fort possible et, pourvu qu’on n’y mette qu’un «l», tout à fait correct. Cette expression québécoise ajoute aux acceptions de palier (plate-forme entre deux volées d’escaliers, phase de stabilité, segment quasi horizontal de la courbe d’un graphique ou pièce qui supporte et guide un arbre de transmission) celle, politique, de niveau administratif.

Cuisiner, un impératif?

«Cuisiner suppose une tête légère, un esprit généreux et un cœur large.», Paul Gauguin

« Placer la grille au centre du four », « monter les blancs d’œufs en neige », « émincer l’oignon puis le faire revenir à la poêle environ cinq minutes ». Quiconque a déjà mis le nez dans un livre de recettes a goûté à ce type de directives. Pourtant, celles qui résonnent dans les cuisines du terrifiant chef Ramsay – ou de l’une ou l’autre de ses émules plus francophones – ont une tout autre saveur, plus impérative. On y entend plutôt « placez la grille au centre du four » ou encore « émincez l’oignon ». Pourquoi les livres de recettes n’utilisent pas aussi l’impératif. Après tout, ce qu’ils nous donnent, ce sont des directives!

L’infinitif et l’impératif sont deux modes verbaux[1] (il y en a cinq : l’indicatif, le subjonctif, le participe et les deux qui nous intéressent en ce moment. Le conditionnel, parfois considéré comme un mode, est intégré à l’indicatif.) Les temps verbaux sont regroupés en modes entre autres selon qu’ils sont personnels ou nom, et selon leur procès dans le temps. De cette façon, les modes indicatif, subjonctif et impératif sont des modes personnels (ils se conjuguent en personne et en nombre) qui incluent un énonciateur et un destinataire. Lorsque je dis « il mange », un « je » parlant est sous-entendu, de même qu’un autre mangeant, différent de celui à qui je parle. Lorsque j’écris « Cuisinez », ce « je » est toujours présent, de même que les cuisiniers à qui je m’adresse avec plus ou moins de tact. L’indicatif et le participe sont des modes impersonnels. «Rôtir» ou «mariné» ne cachent ni énonciateur ni destinataire.

Ce qui distingue l’infinitif de l’impératif, c’est aussi sa façon d’envisager l’action dans le temps. Alors que l’impératif espère un dénouement rapproché (« Lavez-vous les mains, les enfants! » est une phrase anodine qui témoigne tout de même d’un espoir de réponse immédiate!), l’infinitif laisse dans le flou. Un jour, quand il vous plaira, vous pourrez « peler les légumes puis les hacher finement ». L’infinitif décrit l’action en dehors du temps. C’est d’ailleurs cette neutralité de personne et de temps qui permet à l’infinitif de servir d’entrée… dans le dictionnaire.

En somme, alors qu’un chef en cuisine est une personnalité forte qui s’exprime directement à des interlocuteurs et qui, surtout, espère une action immédiate, le livre de recettes est une voix indéfinie qui s’adresse à un destinataire indéterminé qui cuisinera peut-être un jour, ou qui ne fera que rêver en regardant les alléchantes photographies de repas déjà préparés. Et lorsque cette liberté conventionnelle offerte par l’infinitif est  bouleversée – c’est le cas dans cette recette de Ricardo rédigée à l’impératif, à la 2e personne du singulier! – quelque chose cloche.

L’infinitif est aussi parfois utilisé dans des instructions très courtes comme « Ne pas nourrir les animaux ». Si le caractère impersonnel de ce mode verbal vous séduit, sachez toutefois qu’il faut harmoniser le flou : ajouter un « s’il vous plaît » personnaliserait la directive et serait syntaxiquement problématique.

Pour en savoir plus:
L’article « Impératif et infinitif » de la Banque de dépannage linguistique

[1] Informations tirées de Martin RIEGEL, Jean-Christophe PELLAT et René RIOUL, Grammaire méthodique du français, Paris, Presses universitaires de France, 1994, 646 p.

Les pièges de l’amour

On s’fend le cœur pour vivre à deux

On se rattrape et puis on devient vieux

À tomber, tomber en amour[1] 

chantait Laurence Jalbert en 1990. Si, dans son texte, elle ne pouvait éviter les pièges de l’amour, elle n’a malheureusement pas su mieux éviter les écueils de la grammaire française. En effet, l’expression « tomber en amour », aussi répandue soit-elle, est un calque de l’anglais qu’il faut éviter (l’expression, bien sûr, pas le sentiment) au profit de la plus grammaticale « tomber amoureux ».

Le choix du verbe « tomber » pour parler d’un état qu’on voudrait positif peut sembler incongru. Au Moyen-âge, chez les saltimbanques, le verbe signifiait « faire la culbute », mais ce n’est pas parce que tomber amoureux implique bien souvent contorsions diverses et grands changements dans une vie qu’il est utilisé ici. En fait, « tomber » utilisé comme verbe d’état et suivi d’un attribut signifie, tout simplement, « être, devenir », comme dans l’expression « tomber enceinte », état qui résulte bien rarement d’une chute.

L’amour est complexe… dans la langue aussi! Avec « délice » et « orgue », « amour » fait partie de la très restreinte liste des mots qui sont masculins au singulier (un amour envahissant), et féminin au pluriel (les folles amours). Les mauvaises langues diront que cette particularité linguistique est calquée sur les capacités amoureuses des hommes et des femmes, mais aucun dictionnaire ne peut en témoigner.

Pour en savoir plus :

Sur les particularités de la langue française : Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française, http://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/bdl.html

Sur l’histoire de la langue : Alain Rey [dir.], Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2012.

Idylle de bureau

 

Ce texte a d’abord été publié dans l’InfoCMV de février 2013.


[1] Laurence Jalbert, « Tomber », Laurence Jalbert, Audiogram, 1990.

Pour aider les étudiants à réviser leurs travaux

Sur le bout de la langue publiait récemment une liste de trucs pour mieux se relire, insistant sur la nécessité de se distancier de son texte pour mieux le réviser. Nous vous proposons aujourd’hui, en complément à cet article, des documents s’adressant directement aux étudiants. On y donne quelques trucs pour réviser efficacement la langue d’un texte. Des documents à imprimer et à distribuer aux principaux intéressés!

Réviser la langue avant de remettre son texte

Révision de texte – fiche synthèse

Ah, les homophones ! Ce/Se

Plusieurs rédacteurs sont embarrassés lorsqu’il s’agit de choisir entre les homophones ce et se. Lorsqu’on leur demande s’ils connaissent un truc pour les démêler, certains répondront qu’il faut remplacer par cela pour voir si on utilise ce. Or, « cela chien » est une tournure très peu probable, mais il faudrait tout de même dans ce cas utiliser le démonstratif ce. Comment faire pour s’en sortir? Sur le bout de la langue vous propose ici un truc qui fonctionne dans une grande majorité des cas.

Pour choisir le bon ce, il faut déterminer la nature du mot qui le suit. Si ce est suivi d’un mot qui n’est pas un verbe, il faut utiliser le déterminant ce.

     Ce travail est difficile. (ce + nom)

     C’est ce qui arrive quand on n’est pas attentif. (ce + pronom)

     Ce beau moment tire à sa fin. (ce + adjectif + nom)

Si se est suivi d’un verbe autre que le verbe être, il faut utiliser se.

     Il se demande si ce livre est intéressant. (se + verbe demander ; ce + nom)

     Se souvenir d’une règle de grammaire n’est pas toujours facile. (se + verbe souvenir)

Avec ces deux premiers trucs, plusieurs cas sont réglés. Il ne reste que ceux dans lesquels ce (ou se) est suivi du verbe être. Il faut alors se demander s’il est possible de remplacer par il ou elle (ou ils ou elles). Si tel est le cas, il faut alors utiliser le pronom démonstratif ce.

     Ils se sont amusés comme des petits fous. (« Ils ils sont amusés » est pour le moins redondant.)

      Elles se sont demandé si elles devaient partir plus tôt. (« Elles elles sont demandé » ne fonctionne clairement pas.)

     Ce fut, malgré tout, une agréable soirée. (Elle fut, malgré tout, une agréable soirée. La tournure est étrange, mais possible.)

      Ce sont de véritables gentilshommes. (Ils sont de véritables gentilshommes. Irréprochable.)

 

Ce / Se, tableau récapitulatif

Une exception embêtante : pour ce faire

« Saveur du mois »

Novembre est un bon moment pour remettre les pendules à l’heure, et pour mettre les dates à jour.

Dans la vie quotidienne, il est fréquent de devoir écrire une date. Cette activité courante soulève pourtant de nombreuses angoisses. Faut-il utiliser l’article? La majuscule? La virgule?

En français, la règle est simple (c’est rare, il faut en profiter!): pas de majuscule, pas de virgule. L’article le peut être utilisé, si le contexte l’exige, et on le placera avant le jour et la date.

Ainsi, on écrira :

Le 11 novembre 2013

Lundi 11 novembre

Montréal, 11 novembre 2013

Nous avons rendez-vous le lundi 11 novembre à 15 h. (Et non « lundi le 11 novembre ».)

Certaines expressions liées aux dates sont aussi problématiques. La « saveur du mois » qui sert de titre à cet article est ainsi fautive, calquée de l’anglais. Il faudra lui préférer, selon le contexte, coqueluche du moment ou vedette de l’heure. On pourra aussi dire que quelqu’un a – ou n’a pas – la cote en ce moment.

Chers lecteurs, serions-nous maintenant « à date » dans nos connaissances sur les dates? Malheureusement non, puisqu’il s’agit encore une fois d’une expression fautive. « À date » vient en effet de l’anglais « to date » ou « up to date». Il faudra donc dire que nos connaissances sont à jour, et que nous n’avons eu aucun problème à comprendre ces règles jusqu’à maintenant.

Une belle histoire (de participes passés)

Il était une fois, dans un temps très ancien, une grammaire selon laquelle les participes passés s’accordaient toujours, à l’oral comme à l’écrit. « J’ai écrite une ode pour vous » aurait pu susurrer un chevalier à sa dame qui en aurait sans doute « versées quelques larmes » de bonheur.

Cette grammaire très accommodante à propos de l’accord du participe passé ne plaisait malheureusement pas à tous. Les pauvres copistes qui devaient mettre par écrit ces odes et ces larmes versées étaient parfois bien embêtés. Lorsque le participe qualifiait un nom ou un sujet placé plus tôt dans la phrase, tout allait bien, mais comment préserver l’esthétique des manuscrits lorsque le donneur d’accord apparaissait plus loin dans le texte? Fallait-il laisser un espace blanc entre deux mots pour – peut-être – revenir ajouter les lettres manquantes d’un accord à rebours?

Incapable de se résigner à produire un manuscrit troué de blancs, les copistes ont plutôt choisi de ne pas accorder ces participes passés dont le donneur d’accord apparaît plus loin… soit ceux qui sont employés avec l’auxiliaire avoir!

Vraie ou non – on pourrait, par exemple, lui opposer que les copistes transcrivaient un matériau écrit, que l’accord aurait normalement dû être déjà fait! – cette histoire est jolie et résume agréablement la méthode d’accord des participes passés de Marc Wilmet.

Selon le linguiste belge, 90 à 95 % des cas d’accord du participe passé peuvent être réglés à l’aide d’une seule question: « Qu’est-ce qui (s)’est…? »

Ainsi,

J’ai composé une ode pour vous.

Qu’est-ce qui est composé? Au moment où le participe passé est écrit, on ne sait pas ce qui a été composé, on ne l’accorde donc pas.

Les larmes versées par la dame étaient des larmes de reconnaissance.

Qu’est-ce qui est versé? Au moment où le participe passé est écrit, on sait qu’il s’agit des larmes, on accorde donc le participe passé avec ce qui a été versé, les larmes (f.p.)

Chers lecteurs, vous êtes convaincus?

Qu’est-ce qui est convaincu? Au moment où le participe passé est écrit, on sait que « vous » est convaincu, on accorde donc le participe passé (m. p.).

Comme les copistes du Moyen-Âge, les utilisateurs de la méthode Wilmet n’ont pas à retourner dans le texte pour rectifier les accords!