Le 12 août

La campagne «Le 12 août, j’achète un livre québécois» bat son plein (calendrier oblige). Cette fête, on ne le cache pas, est commerciale et créée de toutes pièces pour la consommation. Mais il y a des consommations plus douces que d’autres…

Et ce sera l’occasion d’entendre parler de littérature québécoise sur plusieurs tribunes!

12 août

Souvenirs de vacances

En vacances, Sur le bout de la langue se permet des détours qui s’avèrent parfois instructifs. Ici, alors qu’un panneau d’information tente de diriger vers une vilaine faute de grammaire, c’est plutôt la richesse du vocabulaire des scripteurs du Gouvernement de l’Ontario (et de bonnes dispositions estivales) qui attire l’œil.

N'attrayé pas les ours

Crystal Beach, Ontario

Attrayer, selon le CNRTL, signifie «attirer, faire venir quelqu’un». Bon, c’est en moyen français. Et il reste à savoir si un ours est un « quelqu’un », mais cette question est beaucoup trop complexe pour être abordée en période de canicule.

Le charme suranné du point-virgule

Le point-virgule serait-il en voie de disparition? Selon l’article de Stéphane Baillargeon («Vie et survie du point-virgule») publié aujourd’hui dans Le Devoir, le point-virgule tend à disparaître dans les textes écrits… pour mieux reparaître dans des utilisations inattendues. Alors qu’il est de plus en plus confiné aux listes complexes dans les textes, on le voit prendre son envol dans les langages informatiques et se déposer sous forme de tatouage sur les poignets d’anciens toxicomanes. Plus souvent encore, il mime la moquerie ou la connivence… ; )

La saison des petits fruits

emballage framboises

Sur le bout de la langue est de nature avide. Et, en une allée d’épicerie « passant, la faim, l’occasion, l’herbe tendre, [les soldes] et quelque diable aussi […] poussant* », une incriminante mais ô combien tentante barquette de framboises a été achetée.

Ah, l’avidité! Il faut désormais vivre avec la culpabilité éthique (mais les framboises locales sont encore vertes sur leur plant!), environnementale… et grammaticale!

Il est de nos jours si facile de s’enrôler, d’un simple clic plus ou moins engagé, dans une multitude d’organisations que le verbe joindre, le plus souvent calqué de l’anglais, est utilisé à tous les coulis. Mais quelle déception d’arriver au fond du plat et de ne pas y trouver une formulation limpide!

Le verbe joindre signifie, lorsqu’on parle de choses, mettre ensemble, ajouter à, relier ou associer. Lorsqu’on parle de personnes, il veut dire entrer en contact avec. L’expression « joignez-vous » de l’emballage inviterait donc les gourmands, s’ils avaient des questions ou des commentaires à formuler, à s’adresser à eux-mêmes…

Il aurait donc fallu écrire « rejoignez-nous », puisque le verbe rejoindre signifie s’unir à une personne ou à un groupe, ou encore « joignez-vous à nous », puisque « se joindre à » est tout à fait acceptable dans ce sens. Mais il faut admettre que le « nous » d’une barquette de framboises reste un ensemble un peu flou.

Pour en savoir plus, deux articles de la Banque de dépannage linguistique

Joindre, un anglicisme

Ne pas confondre joindre et rejoindre

*Les Fables de La Fontaine racontent déjà tout! «Les animaux malades de la peste», Fables, Livre VII, 1678.

Spoiler, émoji et nomophobie dans la cour des Petits

émojis

Petit Larousse et Petit Robert ont bien machiné cet hiver pour proposer, fidèles à leurs habitudes – il est bien révolu ce temps où Le Petit Robert mettait plusieurs années à proposer une nouvelle édition de son dictionnaire jusqu’alors normatif! – de nouvelles entrées toutes fraîches et dans l’air du temps. Vendredi dernier, on apprenait donc que troll (Petit Larousse) et émoji (Petit Robert) entrent dans la cour des bien parleurs, au même titre que yuzu, phô, wrap (Petit Larousse), ristrette et piquillo (Petit Robert). 2017 sera gourmande!

Plus que ces nouveautés, Sur le bout de la langue remarque quelques déceptions dans la cuvée 2017, déceptions qu’elle partagera sans doute avec les savants de l’OQLF. En effet, à « divulgâcheur », auquel on trouvait un charme certain, Le Petit Robert préfère le banal spoiler.  Surtout, le même dictionnaire ajoute à sa longue liste le terme nomophobie, terme utilisé pour parler de ceux qui ne savent décoller ni le pouce ni les yeux ni l’esprit de leur brillant téléphone intelligent. Certes, le « mobidépendant » de l’OQLF n’a pas encore fait ses preuves, certes, il ne faut pas rejeter d’emblée les termes calqués de l’anglais comme ce nomophobie tiré de no mobile phobia… Mais ce qui dérange, c’est que le trouble, semble-t-il, relève beaucoup plus de la dépendance que de la phobie! Non?

Sur une note plus chauvine, on peut tout de même relever quelques inspirations québécoises comme relationniste et massothérapie (quoi, ce n’était pas encore tout à fait français?). Et plate, dans le sens de c’est ben plate, trouve désormais sa place dans le grand petit dictionnaire des éditions Le Robert.

Pour la liste des entrées dans le Robert

Et un article sur celles du Larousse

«Une vie dictée»

Dans «Une vie dictée», Amélie Paquet revient sur sa première expérience à la tête d’un cours de Renforcement du français. Loin d’être confrontée uniquement à des erreurs courantes, elle a dû affronter toutes les humiliations scolaires que les fautes de ses élèves rappelaient à leur mémoire. Sa réflexion donne la mesure du «renforcement» pour ces étudiants qui ont l’impression d’être condamnés à être poches.

Pour lire le texte: Une vie dictée

La langue en chantier

panneaux fautifs

TVA Nouvelles révélait hier que la langue française souffre, elle aussi, des différents chantiers dans les rues de Montréal. Heureusement, les journalistes veillent au grain et les panneaux fautifs ont été corrigés.

Sur le bout de la langue se surprend parfois à rêver, entre deux nids-de-poule ou entre deux vilaines fautes, que ces journalistes veillent aussi sur les copies de ses étudiants…

Pour voir l’étendue des dégâts: http://www.tvanouvelles.ca/2016/05/10/le-francais-massacre-dans-les-rues-de-montreal

Audace grammaticale

photo listerineSur le bout de la langue a beau être dotée d’une imagination fertile, sa souplesse cognitive n’est pas suffisante pour organiser de façon compréhensible audace, yoga et mauvaise haleine.

Et, dans cette plus ou moins heureuse superposition de cyan et de magenta, c’est d’abord la faute d’accord que nous remarquons! Un petit rappel (à répéter comme un mantra?):

Dans le cas du passé d’un verbe pronominal (se laver), il faut modifier l’auxiliaire pour créer un participe passé employé avec avoir.

Elle s’est rincé devient

Elle a rincé.

Le reste, on le maîtrise comme la plus basique des postures… Il suffit de trouver le complément direct (rincé quoi? la bouche), ici placé après le participe passé. Il n’y a donc pas d’accord.

Même sans la faute, la pub reste particulièrement étrange… Aujourd’hui, madame L. s’est rincé la bouche, ce qui lui permet d’enfiler avec audace un léotard magenta et de se courber dans un équilibre complexe et précaire. Espérons qu’elle s’est aussi lavé les pieds! (?) (Nous ne voyons aucune autre explication…)

Manger de la friture sans la préparer

Nos voisins adorent la friture. Deux fois par semaine, ils s’accordent ce petit plaisir gourmand et fri.. frissent… font frire pommes de terre et légumes divers.

Si les nutritionnistes leur conseillent de cesser cette ô combien nocive habitude, la langue, elle, les empêche tout simplement de préparer leur repas à deux! C’est que le verbe frire, comme traire et éclore, pour ne nommer qu’eux, fait partie des verbes qu’on dit défectifs.

La défectivité est une notion grammaticale très ancienne. Déjà au 4e siècle, on parlait pour le latin de certains verbes qui faisaient défaut, mais il faut attendre le 17e siècle pour que Richelet, dans son dictionnaire, les définisse clairement comme des verbes qui ne se conjuguent pas à tous les temps.

Dans les grammaires actuelles, la catégorie des verbes défectifs semble parfois un grand débarras dans lequel on place tant les verbes qui ne se conjuguent pas à tous les temps ou à toutes les personnes pour des raisons de sens bien claires (je pleus?, vous neigez?, nous fallons?…) que ceux qui sont « défectueux » pour des raisons obscures.

Pourquoi donc est-il proscrit de frire à plusieurs au présent, de choir à l’imparfait (hier, tu choissais sur ton divan est une situation impossible) ou de clore au passé simple (je cloai cet article de façon admirable, n’est-ce pas?) Selon Abdellatif Adouani, ces verbes aux conjugaisons incomplètes « ne doivent […] leur défectivité qu’aux problèmes posés aux usagers de la langue quand il s’agit de les conjuguer. »¹  Pour tous ceux qui ont peiné à apprendre les terminaisons parfois inattendues des verbes du troisième groupe, cette explication est un peu… décevante. Mais Sur le bout de la langue n’a pu trouver mieux…

D’ailleurs, depuis que les domaines du marketing et de la publicité éclosent (éclore, par exemple, qui n’accepte pas nous éclosons ni vous éclosez ni rien du tout à l’imparfait), le verbe promouvoir semble développer des utilisations jusqu’alors considérées rares. Le Petit Robert édition 2006, laisse entendre que le verbe est « rare sauf à l’infinitif et au participe passé », alors que le Nouvel Obs suggère un tableau de conjugaison presque complet. Les chances de développer ainsi un passé simple du verbe traire dans notre monde actuel nous paraissent tout de même plutôt limitées… D’ailleurs, si quelqu’un a une suggestion de terminaison pour les verbes en -traire (soustraire et distraire, pour ne nommer que ceux-là) au passé simple, Sur le bout de la langue est curieuse!

En attendant que choir au subjonctif imparfait se développe (hum…) ou que les couples heureux et gourmands puissent préparer leur friture ensemble et l’affirmer haut et fort (tous les mardis, nous frissons notre tofu!), puissez (oui, pouvoir est aussi défectif) répondre avec enthousiasme et curiosité à ce jeu-questionnaire.

Admiratives félicitations à tous les participants!

Cette année encore, des dizaines de participants ont bravé les intempéries grammaticales et orthographiques lors de la Dictée Hélène-Richer. Ce concours exclusif au Cégep Marie-Victorin a la particularité de réunir, dans une ambiance à la fois compétitive et bon enfant, étudiants et employés désireux d’affronter les difficultés de la langue.

Le 30 mars 2016, la barre était haute. Le Prétexte avait préparé une solide dictée sur le thème du café, et Pierre Brodeur, professeur de théâtre, a lu le texte à des participants aux aguets. De nombreux prix de participation ont été remis au cours de l’activité, ce qui a permis à tous de patienter quelques jours avant l’annonce officielle des gagnants!

À l’avant, les gagnantes de la Dictée Hélène-Richer 2016 chez les employés : Manon Larochelle, BRAC, Geneviève Deschênes, BRAC et Marie Blain, Direction des études. À l’arrière : Éric Dion, directeur des ressources humaines, Sylvain Mandeville, directeur général, Sarah-Claude Roy, responsable du Prétexte et Adeline Gendron, Sur le bout de la langue

À l’avant, les gagnantes de la Dictée Hélène-Richer 2016 chez les employés : Manon Larochelle, BRAC, Geneviève Deschênes, BRAC et Marie Blain, Direction des études.
À l’arrière : Éric Dion, directeur des ressources humaines, Sylvain Mandeville, directeur général, Sarah-Claude Roy, responsable du Prétexte et Adeline Gendron, Sur le bout de la langue

Le Prétexte et Sur le bout de la langue tiennent à féliciter,

Chez les employés :

1re place : Geneviève Deschênes, du Bureau de la reconnaissance des acquis et des compétences

2e place : Marie Blain, de la Direction des études.

3e place : Manon Larochelle, du Bureau de la reconnaissance des acquis et des compétences.

Les prix pour les employés ont été offerts par la Direction des ressources humaines. Marie Blain a choisi de remettre le sien aux étudiants du Prétexte. L’amour de la langue semble une des bases du BRAC qui, encore cette année, s’est mérité le prix remis au service présentant le plus de participants offert par Resto-Bar Capucine. On voit ici les représentants du BRAC, tout sourire, au moment où on leur a livré la collation associée à ce prix.

Certains des employés du BRAC.

Certains des employés du BRAC.

Chez les étudiants :

Pour la dictée longue

1re place : Simon Forget

2e place : Shanti Desautels-Roy

3e place : David Méus

Pour la dictée courte

1re place : Kathy Borno

2e place : Katrina Pimentel

Les prix remis aux étudiants ont été offerts par la Direction générale et par les Éditions Druide.

Le Prétexte et Sur le bout de la langue, de même que toute la communauté du Cégep Marie-Victorin, offre ses plus admiratives félicitations à tous les participants!..

… et remercie ceux qui ont rendu l’activité possible : Direction générale, Direction des ressources humaines, Direction des études, Éditions Druide Informatique, Éditions Le Robert, Coop Marie-Victorin, Papier Profusion, Espace 7000 et Resto-Bar Capucine.